M6 au colloque NPA - 26 octobre 2010 -

Nov 10, 2010

ntavernost_colloquenpaAlors que la question de la régulation des nouveaux services numériques est sur toutes les lèvres,  Nicolas de Tavernost préfère commencer son intervention par un état des lieux de la réglementation des services existants et notamment de la Télévision privée gratuite.

  • La télévision française n’a pas su s’exporter

Il est urgent de prendre conscience que l’audiovisuel français est dépassé, alors que nos voisins européens progressent. Pour aller de l’avant, il est nécessaire de réaliser que la France n’a jusqu'à présent pas su exporter son savoir faire, ni protéger son marché.

Pour illustrer ses propos, Nicolas de Tavernost pose un premier constat : « On a raté l’internationalisation de chaînes françaises ». A l’exception de la chaîne Eurosport, l’expansion à l’international des chaînes de télévision françaises est très faible. Il ajoute que concernant la production, rares sont les programmes ou les formats français qui sont repris à l’étranger.

Si la France n’a pas réussi à exporter son expertise, elle n’a pas su non plus modérer l’importation de programmes étrangers, notamment les séries américaines, largement mises en avant sur les chaînes gratuites.

Une fois les constats établis, le bilan est simple : la réglementation française mise en place n’a pas eu l’effet escompté.

  • Des solutions à mettre en place

« Est-ce que l’on peut faire mieux ? Ce qui est sûr, c’est qu’on peut faire pire ».

Avant de proposer des solutions qui permettraient de redynamiser la télévision française, Nicolas de Tavernost annonce son soutien à l’avis défavorable du CSA concernant le décret SMAd. Il regrette que le gouvernement envisage « de racketter la pizzeria avant que la caisse soit pleine ». Au contraire, il est nécessaire d’attendre que le marché des SMAd s’installe avant de lui imposer des obligations, d’autant plus que ces services sont exposés à la concurrence étrangère.

Selon Nicolas de Tavernost, il est désormais essentiel de « rebattre les cartes » afin d’établir « un nouveau schéma de pensée ». Il propose ainsi plusieurs pistes de réflexion qui permettraient de remanier la réglementation actuelle :

-          Favoriser la concentration verticale : selon Nicolas de Tavernost, les diffuseurs devraient pouvoir acheter ou créer des sociétés de production notamment pour garantir plus de flexibilité dans la circulation des droits ;

-          Favoriser les stratégies de groupe : l’expression « Small is Beautiful » n’est pas adaptée à l’audiovisuel. Le Président du directoire du groupe M6 affirme que la présence de plus de quatre groupes audiovisuels français tend à émietter le marché et à compliquer les relations entre les acteurs. Il regrette que la France soit le seul pays à ne pas favoriser la stratégie de groupe ce qui contraint les chaînes nationales à tout mettre en œuvre pour « survivre sur le marché français » plutôt que de se développer à l’international ;

-          Harmoniser le système de l’exception culturelle. Il faut que l’exception culturelle soit homogénéisée dans toute l’Union Européenne. Si Nicolas de Tavernost reconnaît qu’elle est fondamentale, il regrette que l’exception culturelle tourne parfois au protectionnisme et ait pour conséquence d’empêcher la France de participer à des coproductions européennes.

  • État d’urgence pour les chaînes privées gratuites

La télévision gratuite est le « le second pivot du financement de la création audiovisuelle ». Il faut donc se mobiliser pour permettre à toutes les chaînes d’être compétitives. Or, il regrette l’écart trop important dans le traitement des différentes catégories de chaînes :

-          Les chaînes publiques « sont trop bien servies ». Il estime tout d’abord que France Télévisions compte trop de chaînes. « France 4, je ne sais pas à quoi ça sert ». Le groupe public ne conserve pas assez longtemps la même équipe afin de mettre en place une stratégie sur le long terme et ne fait aucun effort de productivité. Nicolas de Tavernost rappelle que la Mission Copé a permis à France Télévisions de conserver son budget sans aucune obligation en contrepartie alors que, dans le même temps, les chaînes privées ont du revoir à la baisse leur budget pour faire face à la crise.

Il affirme que la réforme de la télévision publique était nécessaire et qu’elle était bien engagée, mais regrette que le gouvernement se soit arrêté en cours de route

-          La télévision à péage bénéficie également d’un régime favorable et n’a pas vu son taux de TVA modifié.

-          Au contraire, les chaînes privées gratuites sont soumises à un régime défavorable. Même si Nicolas de Tavernost relève l’initiative du gouvernement de diminuer la taxe des chaînes privées à 0,5% pour compenser l’arrêt de la publicité en journée sur France Télévisions, cette baisse lui semble ridicule.

Il s’indigne que la France taxe les chaînes privées en contrepartie de l’arrêt de la publicité sur les chaînes publiques, ce qui n’est ni le cas en Allemagne, ni le cas en Grande Bretagne. Il souhaite la suppression totale en France de cette taxe.

Concernant le canal compensatoire qui sera accordé fin 2011 aux chaînes historiques privées par le CSA, le Président du directoire du Groupe M6 affirme que ce « n’est pas un cadeau mais un juste retour des choses ».

Enfin, il appelle le gouvernement et les institutions françaises à aller de l’avant et à simplifier la cadre réglementaire des chaînes privées, notamment concernant en maintenant l’accès aux aides du CNC et en autorisant la publicité pour les œuvres cinématographiques sur leurs antennes.

  • L’arrivée de Google TV sur le marché français

Nicolas de Tavernost ne s’inquiète pas de l’évolution des acteurs et des technologies de l’audiovisuel. Il rappelle que, depuis plusieurs années, le groupe M6 a su faire face aux nouveaux concurrents et à la crise grâce à la « diversification » (la Télévision à péage via TPS, une présence sur les nouveaux supports,…). Aujourd’hui, près de la moitié du chiffre d’affaires du groupe M6 est issu de revenus hors publicité.

Concernant Google TV, Nicolas de Tavernost annonce qu’il ne souhaite pas céder ses programmes à Google. Au contraire, il préfère envisager d’établir lui-même un service comparable et appelle les autres diffuseurs à s’associer à son éventuel projet en rappelant qu’un cadre réglementaire n’aiderait pas à la convergence des réflexions. Il précise par ailleurs que les accords passés avec Sony dans le cadre de ses téléviseurs connectés, et avec les FAI ne sont pas comparables à un éventuel accord avec Google TV, puisque ces services ne donnent pas accès aux programmes mais uniquement au portail des chaînes du groupe M6.

Nicolas de Tavernost conclut son intervention en insistant une nouvelle fois sur l’état d’urgence dans lequel se trouvent les chaînes privés gratuites qui voient leur ressources diminuer alors que d’une part, les acteurs se multiplient et le marché est de plus en plus concurrentiel et que d’autre part, les obligations, notamment concernant les œuvres patrimoniales, ne cessent d’augmenter.

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